CONTRE des biocarburants

Un article de HUILE.


Il s'agît d'un réflexe de riche pour qui la possession de carburant est plus vitale que la possession d'une alimentation saine.

Soyons clair dès le départ, mon opposition au carburant végétal vise uniquement le carburant obtenu au départ de plantes cultivées pour le produire.

La gourmandise immodérée de nos sociétés modernes pour l'énergie et notre soif d'indépendance énergétique poussent à trouver toutes sortes d'artifices pour ne pas remettre en cause notre consommation énergétique source présupposée de notre confort actuel. Transformer les végétaux en carburant figure en bonne place de ces artifices.

Plusieurs raisons m'incitent à marquer une opposition ferme à l'égard des cultures destinées à fabriquer ce carburant renouvelable et prétendument écologique.

Tout d'abord, il s'agit d'un réflexe de riche pour qui la possession de carburant est plus vitale que la possession d'une alimentation saine. Pour qui l'indépendance énergétique est prioritaire à la production alimentaire"

Ne nous leurrons pas, la production agricole de carburant ne fera qu'augmenter la difficulté de cultiver en bio et ouvrira largement la porte à une utilisation massive d'engrais, de pesticides voire d'OGM. Pourquoi s'en priver nous dira-t-on puisque la production n'est pas destinée à l'alimentation !

Croire à une production en bio de ce qu'on appelle déjà les «biocarburants" est illusoire et irresponsable. La course au profit et les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) engendrera plus que certainement une intensification des cultures et une industrialisation; à tout crin de cette production aux dépens de la paysannerie et de la ruralité.De plus, si ces cultures devenaient rentables (ou étaient rendues rentables) les bonnes terres seraient rapidement réservées pour la production de carburant végétal tandis que les moins bonnes se verraient confier la production alimentaire, au risque de mettre en péril notre souveraineté alimentaire

Bien entendu, qui dit industrialisation dit monoculture, qui dit monoculture dit appauvrissement des sols, qui dit appauvrissement des sols dit recours à toute sorte de produits chimiques, qui dit utilisation de produits chimiques dit appauvrissement de la biodiversité, pollution, etc.

Les puissants ne manqueront pounant pas de rétorquer que, par les temps qui courent, il est bon d'acquérir une plus grande indépendance énergétique, que la production de carburant végétal est sus-ceptible de sortir l'agriculture du marasme dans laquelle elle se trouve actuellement, que le carburant est renouvelable, qu'il s'agît de LA solution pour permettre le développement de notre modèle social. . .

Peut-être iront-ils jusqu'à dire que cette production est peu polluante, mais là, je crois avoir démontré le contraire ! Peut-être affirmeront-ils que finalement cette production n'est qu'un retour aux sources, que, en produisant de l'avoine l'agriculture a toujours produit du «carburant» puis- } u'on cultivait l'avoine ~ pour produire l'énergie du cheval. Là, je pourrais dire d'accord. Il s'agit à mes yeux de la seule utilisation acceptable à condition que la production serve exclusivement aux besoins du paysan/producteur. Si on réfléchit bien, on se rend comp-te que la production de carburant végétal a pour seul but de produire un carburant bon marché qui ne manquera pas de favoriser le transport individuel par opposition au transport en commun beaucoup moins énergétivore.I.:objectif peut être de détourner l'agriculteur de son rôle premier: produire de la nourriture. Et pour moi, l'indépendance énergétique doit être recherchée en dehors de l'agriculture Hélas, se bercer d'illusion en confiant l'avenir énergétique de l'Europe aux carburants végétaux c'est freiner le développement d'alternatives et se montrer irraisonnables. Tant que nous y sommes pourquoi ne pas rêver à un carburant végétal produit en bio et tant que nous y sommes pourquoi pas avec la mention Nature & Progrès ? Sûr que cela rapporterait beaucoup d'argent ! Pour faire la promotion de la bio ?

Soyons raisonnables, participons à la promotion des vraies énergies renouvelables, le solaire, l'éolien, l'hydroélectrique et bien sûr la biométhanisation au lieu de nous disperser en débats stériles.

La biométhanisation est à mon sens pratiquement la seule qui offre la possibilité de production agricole pour la production de carburant (le biogaz). En premier lieu elle permet l'utilisation des déchets humides de nos poubelles qui en représentent environ un tiers Ensuite favoriser la création d'unités de biométhanisation des déchets de l'agriculture au niveau du village me semble essentiel.

Pour finir j'ajouterai encore que la production de carburant végétal ne résoudra en aucune manière les problèmes de faim dans le monde. A nous d’y réfléchir. . . et d'Y faire réfléchir !